Contribution aux travaux de la cathédrale Notre-Dame de Paris 3/3

Monsieur le président, chers collègues

Je crois que dans cette affaire de Notre-Dame de Paris, pour reprendre une expression triviale, le président veut « se la péter et faire le buzz » mais cela va coûter anormalement cher aux Morbihannais.

Pour vous rassurer si vous ne le saviez déjà, cette ancienne expression québécoise « se la péter » vient de claquer la bretelle sur sa poitrine lorsqu’on est content de soi …

Certes cela peut être quelque peu amusant, sauf que ce petit jeu va nous coûter un million d’euros !

Nous sommes nombreux à intervenir sur ce rapport et ce n'est pas un hasard : lorsqu’on engage une telle somme en quelques minutes, le temps de la présentation de l'argumentaire en deux pages, cela mérite un minimum de discussion et de réactions, d'autant plus que vos collègues de la majorité ne s’y opposeront pas, solidarité oblige, même s'ils n'en pensent pas moins. Tout comme très certainement une grande majorité des Morbihannais …

Que les privés, les milliardaires « se claquent les bretelles », c’est leur problème : grâce aux larges économies qu’ils ont faites avec la suppression de l’ISF, ils peuvent largement se le permettre. Au passage, pour positiver, cela nous permettra de récupérer une partie de cet argent …

Mais pour nous ? Il s’agit de l’argent public, celui des Morbihannais. On ne peut pas se permettre de l’utiliser de cette façon. On ne joue pas avec l’argent des contribuables.

Cela fait des mois que nous dénonçons la dérive gestionnaire de notre politique départementale : certes nous dégageons des marges de manœuvre financières mais au prix de restrictions et de coupes budgétaires tous azimuts et ceci dans des secteurs aussi essentiels que la solidarité, la sécurité (comme pour le SDIS), l’Université Bretagne-Sud, le milieu associatif, etc. Aujourd’hui nous ne répondons plus aux nombreux besoins du département.

De plus l’effet médiatique de cette annonce n’est pas très pertinent dans la période particulière que nous vivons aujourd’hui avec une crise sociale toujours latente. Sous prétexte d’une soi-disant bonne gestion, c’est-à-dire des économies faites auprès des Morbihannais, on se paie le luxe de les redistribuer à Paris.

Comment expliquer ceci à nos populations dans nos cantons ?

Certes, on a bien noté les arguments que l’on peut reprendre :

- une contribution à un monument majeur de l’histoire nationale,

- un élan de solidarité pour sa reconstruction

- une forte et intense émotion qui vous a conduit à proposer un niveau de contribution autour d’un million d’euros.

Pourquoi « autour » d’un million ? D’où est sorti ce chiffre ?

Il semble lié au degré de sensibilité émotionnelle des exécutifs départementaux qui peut être très variable. Des collègues l’ont rappelé : 50 000 € cette année pour l’Ille-et-Vilaine, 1 M€ pour le Morbihan. Le rapport est de 1 à 20.

Nous avons l’habitude, dans nos communes, d’intervenir par solidarité auprès d’autres communes dans le besoin suite à des catastrophes naturelles (ouragan, inondation, etc.).

Mais pour la « pauvre » Paris, permettez-nous de douter de son indigence …

Rappelons que 65% du budget du Ministère de la Culture et du Patrimoine sont concentrés à Paris où habitent 3 % de la population.

Quelques autres chiffres officiels rapportés cette semaine : « L'Etat dépense en fonctionnement 139€ par Francilien pour la culture, contre 15€ par habitant pour le reste du pays ». 140€ pour 15€ : pratiquement un rapport de 1 à 10.

Dans un régime aussi centralisé que la France, nous savons tous qu’une très forte part des ressources financières de l’Hexagone se concentre sur cette région Ile-de-France creusant des inégalités territoriales inacceptables.

Dans votre argumentaire vous rappelez l’intervention de l’Etat dans la restauration du Parlement de Bretagne suite à son incendie. Il aurait été nécessaire que cette restauration se prolonge au-delà de celle de l’édifice et qu’elle soit également institutionnelle. Il devient urgent de rompre avec notre modèle centralisé actuel qui maintient les déséquilibres territoriaux et financiers depuis plus de deux siècles.

D’où ce sentiment, pour de nombreux Morbihannais, d’une solidarité excessive et démesurée avec votre proposition d’une contribution de un million d’euros aux travaux de restauration de la Cathédrale Notre-Dame de Paris.

Pour toutes ces raisons nous voterons contre.

Christian DERRIEN

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