Discours de politique générale

Monsieur le Président, Chers Collègues,

Tout comme il y a un an, le mois de décembre est marqué par des mobilisations importantes : après les gilets jaunes qui témoignaient d’un profond malaise dans notre société, mettant en avant l’âpreté des conditions de vie, la difficulté des fins de mois (le salaire médian est à 1800€). La réforme des retraites soulève inquiétudes, interrogations et sentiment d’injustice.

En abordant un changement radical dans l’appréhension de ce revenu, passant d’un système par répartition à un système à point par capitalisation, le gouvernement éloigne les pensions de retraite des mécanismes de solidarité, renforce une vision individualiste en opposant des personnes ayant des revenus similaires (j’ai entendu l’opposition entre le conducteur de bus de Brest et celui de Paris)…ce prisme est très réducteur. La problématique est abordée uniquement sous l’angle mathématique, celle des chiffres. La question de combien avons-nous besoin pour vivre décemment en retraite n’apparaît pas comme la question centrale. Or, il me semble que c’est de cela dont on doit se préoccuper. Comment faire pour que des travailleurs précaires, des femmes ayant un parcours professionnel « heurté » tel est le mot utilisé, cad hâché parce qu’elles ont élevé leurs enfants, qui travaillent à temps partiel non choisi et bien d’autres exemples, comment faire pour que ces travailleurs modestes ne subissent pas une retraite précaire ?

Ce que je veux dire, c’est que d’un côté il y a les chiffres (et assurément nous ne pouvons pas en faire abstraction) mais de l’autre côté il y a la vie, les proches, les amis, les voisins, les collègues de bureau…bref les gens.

Aujourd’hui, nous sommes en session sur le budget. Il va donc être question de chiffres.

Et je suis à peu près sûre des éléments qui se trouveront dans la presse demain. « baisse des impôts, le Président poursuit sa lancée » …

Dont acte. Vous baissez les impôts. Encore une fois, on parle à chaque individu mais pas à la responsabilité collective, au bien commun, à l’intérêt général. Les gens sont réduits dans votre raisonnement à de simples contribuables. Mais la vie ne se résume pas au simple remplissage de la feuille d’imposition !

Avec votre obsession de la baisse d’impôts, on pourrait aussi concevoir, d’ailleurs, qu’on se prive de ressources.

Ainsi côté chiffre : baisse d’impôts, (quasiment) pas d’emprunts…le tableau parait idyllique. Vous vous présentez comme un bon gestionnaire. Les indicateurs chiffrés vous confortent. Mais vous réduisez les politiques publiques, l’action politique, à une abstraction comptable, à une sorte de quête de l’élégance mathématique. Or, le service public ce n’est pas un concours de beauté ! Le service public c’est la matérialisation de l’intérêt général. C’est l’outil par lequel on forge les solidarités, grâce auquel on renforce la cohésion de la société et qui permet, finalement, de faire vivre la République.

Dans votre politique, vous avez fait le choix de vous adresser au seul contribuable, à ce que les économistes nomment dans leur jargon « l’homo economicus ». Nous avons toujours préféré nous adresser aux citoyennes et aux citoyens, c’est à dire nous adresser aux personnes en prenant en compte toutes les facettes de leur vie. Autrement dit intégrer le fait que les gens sont aussi potentiellement des personnes aidantes accompagnant un proche en situation de handicap ou un parent nécessitant une aide médicalisée par exemple. Qu’ils peuvent être également des jeunes dont la situation familiale implique un accompagnement de la puissance publique pour que l’égalité des chances, dont beaucoup se gargarisent, ne soit pas qu’une formule et le principe méritocratique un simple alibi pour la reproduction sociale.

Pour s’occuper efficacement de tous ces sujets, il n’y a pas de secret cela demande une véritable ambition sociale et donc une traduction budgétaire. Si vous êtes gestionnaire, êtes-vous visionnaire ? Car si l’administration doit gérer, le politique doit tracer le cap. Proposez-vous donc aux Morbihannais les meilleurs services ? En ont-ils pour leur argent ? Rien n’est moins sûr...

Stop à l’autosatisfaction, le Morbihan fait moins bien que ses voisins

Sur chacun de nos cantons, et j’imagine que ce n’est pas spécifique à nos 4 cantons, nous constatons une dégradation de la qualité des services public, un éloignement des services et de la population, des remontées de terrain inquiétantes. Je suis persuadée que certains élus de votre majorité savent eux (qui ont d'autres mandats, ont un contact avec le terrain, et savent et vivent le quotidien des Morbihannais) ce que signifient la disparition des services publics, les difficultés de la prise en charge de la dépendance par les familles au quotidien, la situation des EHPAD, des collèges...

Où est la bonne gestion quand de nombreux acteurs notamment associatifs que nous voyons sur le terrain sont découragés et parfois en grande précarité ?

Où est la bonne gestion quand les collèges publics sont en difficultés et que les Conseils d’administration ne votent pas le budget ? quand les enseignants n’ont pas le matériel numérique requis ?

Où est la bonne gestion quand on voit la situation de nombreux EHPAD ?

Où est la bonne gestion quand on accorde 1 million d’euros pour Notre-Dame, alors que des projets Morbihannais relatifs au patrimoine ont des difficultés ?

Où est la bonne gestion quand on supprime plus de 400 000€ à notre Université publique et de proximité ?

Je m’arrête là, car la liste est extrêmement longue ! (suppression de 25% des postes de maintenance, fermeture du collège Montaigne, moins 5 millions d’euros de subventions aux associations dont l’EchoNOVA ou salon du livre jeunesse, arrêt des aides aux écoles rurales…)

Les chiffres aussi montrent que dans de nombreux domaines, les autres Départements bretons mettent plus de moyens que le Morbihan. Je me réfère au rapport de la Direction régionale des Finances publiques de Bretagne, qui date de Septembre 2019, sur l’année de fonctionnement 2018 (que vous évoquiez lors de la dernière session). D’autres Conseil départementaux bretons mettent plus de moyens pour l’enseignement et la formation, pour la culture, le sport et les loisirs, pour l’environnement, pour les transports, pour l’aménagement du territoire.

L’écart est encore plus important sur notre compétence principale : les solidarités. En Morbihan, c’est 15% de moins par habitant que le Finistère. Encore pire lorsque nous regardons le détail : 37% de moins que les Côtes-d’Armor dans la catégorie famille et enfance (101€ contre 161€ par habitant). 37% de moins que le Finistère pour les personnes handicapées (102€ contre 163€ par habitant). Comme j’ai pu le suggérer les années précédentes, nous pourrions initier un plan ambitieux de prise en charges des personnes victimes de violence conjugale tant les femmes que les enfants : coordonner les acteurs mais aussi assurer une prise en charge globale.

Mais, il y a de l’espoir pour les Morbihannais qui veulent une autre politique. Nous voulons leur expliquer qu’il est possible de faire autrement en maintenant le taux actuel des impôts et en ayant une faible dette.

Commençons déjà par faire des prévisions budgétaires sincères. Nous savons que les recettes de notre collectivité seront supérieures d’au moins 10 millions d’euros aux prévisions actuelles. Pour rappel, en 2019 le Département percevra 30 millions d’euros de recettes de Droit de mutation supplémentaires à ses prévisions.

3 propositions : la jeunesse, des assises de la solidarité, l’investissement écologique

2020 - 2021, nous faisons 3 propositions pour un Morbihan Innovant et Solidaire ! Cela en conservant les taux d’impôts de 2019 et en ayant une dette faible.

Développons et créons une ambition politique en faveur de la jeunesse, qui est un enjeu d’avenir, en accompagnant les projets portés par les jeunes et les structures de jeunesse.

Soutenons les associations en priorisant les actions culturelles, sportives, citoyennes envers les jeunes, créons aussi un pass Culture et Sport.

Et, remettons en place notre soutien à l’enseignement public supérieur en Morbihan.

Initions pour cette fin de mandat, des assises de la Solidarité avec les Morbihannais et toutes les forces-vives de notre département, pour préparer la politique sociale des prochaines années.

Ici, l’argument de la limitation de la hausse des dépenses de fonctionnement de 1,2% ne tiendra pas. Aussi, nous attendons toujours comme l’ont fait toutes les autres collectivités, de voir apparaitre dans les documents les éléments situant le Morbihan par rapport à cette limite. Toujours rien depuis bientôt 3 ans, c’est surprenant ! Et, il n’y a jamais eu de réponse au courrier que nous vous avions envoyé en 2017 en demandant officiellement des éléments.

Créons un plan d’investissement pour la transition écologique. Nous devrions être d’accord sur cette proposition car la règle des 1,2% de limitation de hausse des dépenses de fonctionnement n’est pas à prendre en compte.

Investissons concrètement dans les bâtiments départementaux y compris les collèges et les bâtiments culturels pour augmenter la part des énergies renouvelables. Nous pourrions soutenir une politique d’investissement en termes d’énergie renouvelable dans les petites exploitations agricoles permettant en outre aux agriculteurs d’avoir un revenu complémentaire. Cette politique pourrait être initiée avec la Région Bretagne : proposons-leur !

Construisons un pacte territorial de l’alimentation englobant les producteurs, la restauration collective (sans parler d’un soutien à l’agriculture bio) : investissons notamment dans l’aménagement de cuisines scolaires permettant ainsi la préparation de produits frais. Nous ne pouvons pas rester dans la situation actuelle, il faut des décisions concrètes.

Le Département doit être au rendez-vous des politiques de demain. Il doit s’adresser à tous les citoyens et assumer pleinement sa mission sociale, sa fonction de chef de file des solidarités. En guise de conclusion, je me permets de vous citer un homme de droite, preuve que nous savons être éclectiques dans nos références :

“il n'y a de République accomplie qu'à partir du moment où elle parvient à inclure dans son projet chaque citoyen”. La phrase est de Philippe Séguin.

C’était un temps où la droite avait encore un discours social et une ambition pour le service public. Un temps qui semble très éloigné aujourd’hui...

Gaëlle LE STRADIC

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