Discours de Politique générale - Laurent TONNERRE

Nous sommes en plein débat présidentiel. C’est un moment intéressant et précieux pour prendre connaissance des propositions des candidats.

En même temps, pour une institution comme la notre, cela permet d’apprécier la place des Départements dans les programmes de chacun, mais plus encore, de mesurer l’esprit « décentralisateur » ou non des candidats. Ces derniers ont passé un grand oral devant l’ADF. Apparemment tous les candidats sont attachés à l’échelon départemental. Tant mieux ; c’est rassurant à un moment ou la tentation est forte de recentraliser, comme pour se persuader qu’il nous faut un Etat fort, dans un contexte de crispation internationale qui engendre peur et repli sur soi.

C’est déjà un premier message à faire passer. Conforter la décentralisation, c’est être porteur de confiance, c’est croire en nos territoires, c’est croire dans leur capacités à agir et à être porteur d’innovation et de réactivité.

Il est dans l’air du temps depuis des années de rejeter la classe politique traditionnelle, celle qui gouverne, parce qu’elle serait dans l’incapacité à trouver les solutions, faisant petit à petit la prospérité des extrêmes qui serait vu comme le seul recours. Dans une société qui ne cesse de se complexifier, c’est injuste mais il faut l’accepter. Surtout, il nous faut reconnaitre que les partis actuels sont en fin de cycle et qu’une recomposition de notre échiquier politique sera salutaire.

Néanmoins, Ce constat sombre des français sur les partis politiques et leurs leaders, ils ne l’appliquent pas aux élus locaux. Qui sont vus comme des élus de proximité, en lien permanent avec la population, capables avec abnégation d’inverser des tendances.

Nous sommes aussi un rempart à la montée des populismes en France par notre travail quotidien sur le terrain. Ca exige de nous donner des moyens pour mener convenablement nos missions. Ca exige aussi de notre part d’être innovant.

Sur les moyens ; au stade des promesses électorales, tout le monde va proposer un pacte de confiance avec les collectivités locales. Pour savoir où on va. En même temps, la France ne s’est pas désendettée ; les efforts financiers demandés aux collectivités depuis 10 ans devraient se poursuivre. Ou non ? On peut d’ailleurs s’interroger sur l’impact de baisses de dotations aux collectivités qui peut accentuer la désertification de territoires.

Il nous faut appréhender ces efforts budgétaires à venir. Par ailleurs, l’hypothèse d’une recentralisation du versement des allocations du RSA demandée par plusieurs départements est à prendre en compte. Elle s’accompagnerait selon nos calculs, d’un gain net de 43 M d’Euros pour le Conseil Départemental du Morbihan, dans le cas où l’Etat récupèrerait les recettes dédiées à cette allocation, qui n’ont jamais compensées le cout global du RSA.

L’examen du Compte Administratif montre également des recettes croissantes au titre des Droits de mutations, avec un rythme qui se poursuit en 2017. C’est notre Airbag budgétaire.

Oui l’élection présidentielle aura des incidences pour les territoires.

L’avenir nous dira qu’elles sont nos marges de manœuvres.

Toutefois, notre situation est saine, le Morbihan a des atouts. Epargnons tout catastrophisme. N’allons pas effrayer inutilement la population Morbihannaise.

Après, au-delà de ces moyens, la question ensuite est de savoir pour quoi faire ? Des moyens, pour quelle politique et quelle priorité ?

Une session est toujours l’occasion de porter des sujets à la réflexion de l’hémicycle.

J’en amène deux :

Le RSA et la politique de protection de l’enfance.

Sur le RSA ; la campagne présidentielle amène le sujet de la politique de l’emploi et est l’occasion de rebattre les cartes des dispositifs existants. Chaque gouvernement veut poser son empreinte, ce qui conditionne ensuite nos politiques locales en s’adaptant à de nouveaux schémas.

Néanmoins, on peut indépendamment de ce qui se profile, consolider notre politique d’insertion des bénéficiaires du RSA.

Cela exige d’abord d’avoir une lecture fidèle de la situation de ce public.

Il y a des personnes au RSA qui sont proches de l’emploi. Pour lesquels nous devons actionner des dispositifs pour répondre aux freins à l’emploi pour qu’ils saisissent les opportunités d’emploi du territoire. En misant également sur la responsabilisation des personnes. Le Département doit accompagner, faciliter, mettre en relation, mais ce sont les personnes elle-même qui trouvent un emploi. Nous ne sommes pas une agence de placement.

Continuons à affirmer notre ambition ; en rappelant aussi qu’investir dans notre politique d’insertion aujourd’hui, c’est réduire nos dépenses sociales de demain.

Après, il y a une autre catégorie de personnes. Il y a aujourd’hui nombre de bénéficiaires du RSA qui ne retravailleront pas. Il faut assumer cette situation. On a tous en tête des habitants de nos communes qui sont trop éloignés des exigences de l’entreprise, mais à qui heureusement dans un pays moderne comme la France, on offre les conditions de la dignité et de la stabilité. On doit réfléchir à la place de ces personnes dans la société.

Le marché de l’emploi a évolué ; avec ses exigences. Je parle du secteur marchand du secteur public. Auparavant, les mairies pouvaient jouer un rôle social en embauchant des personnes très fragilisées. Aujourd’hui, chaque commune a des exigences fortes de qualité de services aux usagers et adapte ses recrutements à ces objectifs.

Il faut imaginer des activités alternatives.

Cela veut dire qu’il faut s’appuyer sur des chantiers d’insertion, sur le monde associatif, pour offrir une utilité sociale, une activité, du sens au quotidien de personnes en risque de marginalisation.

Imaginons un schéma d’accompagnement de ces personnes en partenariat avec les communes et les associations, pour apporter une réponse complémentaire, pas obligatoirement professionnelle à ce public.

C’est aussi se donner une stratégie en termes d’économie sociale et solidaire.

Enfin, le sujet de l’aide sociale à l’enfance.

C’est une grosse compétence du Département. C’est un sujet très sensible, qui fait souvent l’objet de décision de justice, et qui peut engendrer de lourdes conséquences sur des parcours de vie.

On sait aujourd’hui, c’est une statistique qui nous est remontée par ATD Quart Monde, que 40% des enfants qui ont été placés en foyer ou famille d’accueil, sont SDF à leur majorité. Leur enfance et leur adolescence peut prendre la forme d’une acculturation à l’instabilité, en entrant dans le monde adulte, déraciné. Cela pose la question du travail de prévention en amont d’un placement, de l’accompagnement du jeune au terme de son contrat d’accompagnement. Nous ne tirons aucune conclusion. Le sujet n’est pas simple ; on peut néanmoins revisiter nos politiques, en s’attachant à des priorités ; la protection de l’enfant, son épanouissement, son émancipation et la place de ses parents naturels.

Voilà Monsieur le Président des sujets à investir pour mieux répondre aux attentes de nos concitoyens.

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