Évolution de la carte des collèges publics à Lorient

Monsieur le Président, chers collègues,

 

A la suite du dernier Conseil Départemental de l’Education Nationale (CDEN), je souhaite intervenir à nouveau sur le projet de fusion des deux collèges de Lorient, à la fois sur la forme et le fond.

En ce qui concerne la forme, ce qui apparaît très clairement lorsque l'on reprend la multitude des réactions à l'annonce de la fermeture des deux collèges, c'est l'unanimité des acteurs du dossier dans l'appréciation de la méthode qui a été considérée comme choquante : que ce soient les fédérations de parents d'élèves, les conseils d'administration des collèges, les syndicats d'enseignants, le maire, les élus de toutes sensibilités, ou le Recteur d'académie lui-même …

Vous aurez beau vouloir balayer ces considérations d'un revers de main, ce n'est pas pour autant que cette manière de faire ne pose pas un vrai problème de fonctionnement démocratique. Certes le Département, par son président, a la main et surtout la maîtrise totale des finances sur le dossier. Mais il est bon de rappeler, comme le fait le code de l'éducation dans son article L 213-1, que la décision doit être prise après avis du conseil départemental de l'éducation nationale (CDEN), ce qui donne une légitimité toute particulière à l'expression de chacune de ses composantes et de ses représentants, syndicats d'enseignants y compris.

 

Rappelons le résultat de ce vote : 11 contre, 5 abstentions et 1 refus de vote précisément pour protester contre la méthode et 5 pour, ces derniers correspondant au vote des élus de la majorité.

C'est-à-dire que ce vote indique surtout qu’aujourd’hui l’ensemble des représentants de la communauté éducative départementale n’adhère pas au projet. Pas plus que les représentants des conseils d'administration des deux collèges qui ont également voté massivement contre le projet. Ces votes de défiance de la communauté éducative élargie sont en grande partie expliqués par la méthode choquante d'une décision expéditive dépourvue de toute concertation.

Quel gâchis ! Surtout lorsque de l’argent est engagé pour l'amélioration des conditions d'accueil dans les collèges.

 

Sur le fond, les arguments des représentants syndicaux que vous qualifiez de jérémiades, puisqu’ils ne vont pas dans votre sens, ces arguments avancés par de nombreux membres du CDEN, concernent de nombreuses questions essentielles qui méritent réponses : la présence des services publics d'éducation dans les quartiers défavorisés, l'intérêt pédagogique des collèges à taille humaine, la nécessaire mixité sociale, le maintien du réseau d'éducation prioritaire, etc.

 

Décréter sans discussion une fuite organisée, un « sauve-qui-peut » des quartiers populaires, à plus d’un kilomètre de chacun des collèges actuels, ne peut que produire un sentiment de déclassement et de relégation pour les populations concernées. Mais elle engendre également une non-reconnaissance insupportable pour les équipes éducatives qui s'investissent sans compter pour la réussite de leurs élèves et la valorisation de leur établissement et du quartier.

 

Alors que les discours alarmistes et condescendants pleuvent sur ces quartiers pour en justifier le déménagement, paradoxalement le tableau p. 463 de la projection des effectifs des quatre collèges lorientais, pour les six années à venir, montre que le seul établissement lorientais qui verra ses effectifs à la hausse, sera le collège Jean Le Coutaller, précisément celui que l'on accuse de tous les maux…

 

Enfin, pour compléter les arguments de la communauté éducative, dont je me fais le porte-parole aujourd'hui, il est rappelé la nécessité impérieuse de développer sur l'ensemble du département un véritable réseau des collèges publics, qui possède aujourd'hui 42 établissements, alors qu'il est fortement concurrencé par un réseau privé confessionnel de 46 collèges. Notamment sur le secteur de Guidel et à l'est du département. Tous les enfants du Morbihan doivent pouvoir accéder, quel que soit leur lieu d'habitation, à un établissement public gratuit et laïc, ce qui n'est malheureusement pas le cas aujourd'hui.

 

Aujourd’hui, je voterai à nouveau contre la fermeture des deux collèges, afin de ne pas précipiter une décision qui mérite d'être davantage mûrie. Ce vote vise également à suspendre le projet en vue d'étudier avec la communauté éducative et la ville de Lorient les meilleurs choix possibles, à la fois en termes de coûts, d’implantation, d'orientations pédagogiques, de politique de la ville et de développement durable.

 

Il me paraissait important aujourd'hui de faire entendre dans notre hémicycle la voix de la très large majorité de la communauté éducative de ces deux collèges qui n’a absolument pas été associée au processus de décision.

 

Je vous remercie.

Christian DERRIEN

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