Infrastructures routières

Monsieur le Président, chers collègues,

 

Je profite de ce bordereau sur les infrastructures routières, pour évoquer la question de la réorganisation des agences techniques départementales des routes.

La presse régionale l'a rapporté à plusieurs occasions au cours des dernières semaines : le grand canton du nord-ouest, celui de Gourin, est très en colère. En effet depuis quelques mois, notamment dans le secteur de Guémené-sur-Scorff, il y a une succession d'annonces de fermetures ou de menaces sur les services publics : trésor public, agence technique des routes, remise en question des places de l'hôpital et de l'EHPAD…

Depuis des années les zones rurales subissent un désengagement incessant de l'État dans l’offre et la qualité des services publics auprès de leurs populations : les bureaux de poste, l'accueil dans les écoles maternelles, les perceptions, les maternités, les maisons de retraite, mais aussi les gendarmeries, etc. etc.

 

Rappelez-vous de l'intervention en novembre dernier de notre collègue Michel Pichard du canton de Ploërmel qui nous alertait sur le processus progressif d'abandon de nos zones rurales autant par les services de l'État (il réagissait notamment à la fermeture de la gendarmerie de la Trinité-Porhoët) que par le privé, il prenait l'exemple le retrait des distributeurs de billets par les banques. Il nous rappelait le rôle important du Département à maintenir un aménagement équilibré du territoire morbihannais.

 

Pourtant, aujourd’hui, on assiste désormais également à un désengagement progressif du Département. On l'a vu précédemment avec le dossier de l'hôpital de Guémené avec le nouveau concept de « rééquilibrage territorial ».

 

La dernière réforme territoriale, la loi NOTRe, a acté le principe de privilégier le poids de la représentation démographique sur celle de la représentation des territoires, renforçant ainsi dans notre Assemblée la présence des conseillers des villes sur celle des conseillers des champs, pour reprendre une image facile.

Par exemple dans notre groupe politique, de gauche (je le rappelle pour ceux qui l’avaient oublié :-), quatre conseillers départementaux représentent la seule ville de Lorient alors que les quatre autres conseillers représentent 52 communes sur un territoire qui, mis bout à bout, mesure près de 150 km de long.

Et la politique départementale dans tout, ça me direz-vous ?

Précisément, la politique départementale que vous conduisez aujourd’hui vous engouffre dans cette brèche ouverte par une technocratie jacobine qui, depuis Paris, défait les territoires et leurs bassins de vie.

 

Pour revenir au problème de l'Agence technique départementale, j'ai envie de dire que cette affaire est une des plus symboliques de cet abandon des territoires ruraux. Pourquoi ?

 

Rappelons que la création de ce type d'agence technique a été rendue possible depuis les lois de décentralisation de 1982. Elles se sont alors progressivement développées sur les départements afin de répondre aux besoins croissants des petites communes en matière de conseils techniques et juridiques grâce à un service d’ingénierie et administratif.

Ces agences viennent désormais en compensation du désengagement de l’Etat avec la disparition des ATESAT, dont il bon de rappeler le détail de cet ancien acronyme (agence technique de l’Etat pour la solidarité et l’aménagement des territoires).

 

Le département du Morbihan a précisément développé ses propres agences de manière équilibrée sur l'ensemble du département en organisant un maillage géographique efficace sur les 4 grands secteurs : nord-ouest (Guémené), nord-est (Josselin), sud-ouest (Hennebont) et sud-est (Questembert).

 

Que se passe-t-il aujourd'hui ? Le département ferme tout simplement l'agence départementale du nord-ouest (9 emplois administratifs et d’ingénierie) en renforçant les trois autres pôles. Une fois encore le nord-ouest est lâché. Cette fois il disparaît de l'organigramme et il est très concrètement rayé de la carte.

 

Là encore les arguments sont inacceptables : il y a davantage de travaux dans le nord-est, donc il faut donc renforcer ce pôle (c'est ce qu’on appelle la double peine). Sans compter le peu de considération portée aux personnels qui sont déplacés comme des pions.

Autres arguments : la vétusté des bâtiments, le manque d'attractivité du secteur pour les postes qualifiés, alors que des travaux ont été réalisés récemment et que l'appel à candidatures, arrêté brusquement, avait déjà des postulants.

On ne s'attardera pas sur la sincérité de la rhétorique utilisée dans ces moments de déménagement des territoires.

Cela commence à faire beaucoup en peu de temps, et la colère monte.

 

Aujourd'hui c'est la politique d'aménagement du territoire du Département qui est remise en cause. On l'a évoquée précédemment avec le dossier de l'hôpital de Guémené-sur-Scorff. Au même moment l'Agence technique départementale du nord-ouest a été rayée de la carte. C’est inacceptable.

 

À la fin de cette réflexion une grande question se pose : qui décide de ces orientations ?

J'ai noté dans une circulaire qu'il s'agit (je cite) « d’une dynamique positive au regard des objectifs opérationnels à atteindre ». Je ferai remarquer que ce type de question n'a jamais été évoqué une seule fois ni débattu au sein de la commission des infrastructures routières. Ce qui pose un sérieux problème de fonctionnement démocratique de notre collectivité.

 

Aussi, pour terminer, je me tourne vers nos collègues des territoires ruraux de toutes sensibilités pour vous appeler, comme l'avait dit votre collègue en novembre dernier, à ne pas rester spectateur de ces processus de déménagement territorial. Ils sont à l'œuvre aujourd'hui au sein même de notre Département.

J’en profite pour rappeler à tous, le grand rassemblement régional qui aura lieu d'ailleurs précisément à Guémené-sur-Scorff demain matin à 10h30 pour défendre la présence des services publics, quel qu'ils soient, sur nos territoires ruraux.

 

Je vous remercie.

Christian DERRIEN

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