Discours de politique générale

Monsieur le président, chers collègues,

En ce 13 novembre, une date très symbolique pour notre pays, permettez-moi de commencer mon intervention par un hommage à toutes les victimes du terrorisme islamiste qui a encore durement frappé notre pays au cours des dernières semaines. Dans l’enceinte de la collectivité chargée de la gestion des collèges, nous avons évidemment une pensée particulière pour Samuel Paty et, à travers lui, à tous les enseignants. Il est important de réaffirmer, ici, que notre pacte républicain, notre vivre-ensemble reposent sur la liberté de conscience et qu’elle n’est pas négociable. De même que n’est pas négociable la liberté d’expression qui est une condition de la transmission des savoirs. Sans liberté d’expression, c’est la transmission même de nos valeurs qui est mise en danger, c’est notre capacité à faire des citoyens et des citoyennes qui est mise en péril. Le combat qui nous attend est avant tout un combat sur le plan des idées. Il ne pourra être remporté que si l’on reste fidèle à notre idéal républicain ainsi qu’à l’Etat de droit et à l’esprit démocratique.

Nous nous étions réunis en juin et septembre dernier dans un contexte sanitaire inédit, nous nous retrouvons une nouvelle fois dans une situation au goût de déjà-vu, avec une crise sanitaire très préoccupante. Même si de récents espoirs sont nés par la mise au point d’un vaccin, le chemin est encore long avant que nous nous sortions de cette situation sanitaire dans un premier temps et de ses répercussions économiques et sociales dans un deuxième temps.

Aujourd’hui, je ne rentrerai pas dans le débat national – au demeurant parfaitement légitime dans une démocratie – qui anime ce confinement phase 2. Les tensions et les incompréhensions suscitées révèlent également le caractère très anxiogène de cette période : l’incertitude (et la nature humaine n’aime pas ça), et l’absence de projection. Bref, de quoi sera fait demain ?

Nous savons que nous aurons à affronter une crise économique et sociale rude et sans précédent depuis quelques décennies, qui a déjà fait basculer 1 million de Français dans la pauvreté.

Localement, le nombre d’allocataires du RSA augmente fortement, et les acteurs de terrain confirment les difficultés croissantes de nombreux Morbihannais constatées notamment par l’augmentation significative des demandes d’aide alimentaire. Les conséquences économiques et sociales, en particulier en termes de précarisation de la société mais également d’impact psychologique, n’en seront que plus douloureuses.

Alors que cette situation sanitaire remet les questions de solidarité au centre des préoccupations, le Conseil départemental en tant que collectivité chef de file des solidarités humaines et territoriales, doit prendre toute sa place. Nous devons servir d’airbag : nos capacités de réaction et d’adaptation sont indispensables pour protéger les plus fragiles de nos concitoyens, pour repenser nos modes d’intervention sociale, pour sauvegarder notre vitalité associative, pour soutenir notre économie locale… pour mieux rebondir par la suite !

Dans ce contexte difficile, la session de ce jour, consacrée aux orientations budgétaires nous invite néanmoins à imaginer 2021 qui nous l’espérons tous, verra la fin de l’épidémie : il faudra donc encore prévoir la gestion de la crise, répondre à nos missions essentielles mais aussi – et surtout- anticiper et accompagner le retour à la « normale ».

  • Nos dépenses en matière sociale vont augmenter fortement
  • L’état de l’économie conditionne un certain nombre de nos recettes. Les incertitudes sont grandes (CVAE) mais il y a néanmoins des constantes : les DMTO vont dépasser notre estimation faite avant la crise.

Malgré l’augmentation (limitée) des dépenses de fonctionnement liée directement ou indirectement à la COVID-19, notre situation financière demeure solide avec des recettes de fonctionnement qui se maintiennent et un niveau d’endettement bas.

Notre collectivité conserve donc les moyens d’agir et recourir à l’emprunt reste raisonnable aujourd’hui et à l’avenir puisque notre capacité de désendettement est inférieure à 2 ans.

  • Des décisions gouvernementales pourraient impacter notre contexte budgétaire.

La crise de la COVID-19 a mis en exergue des besoins spécifiques :

  • les questions du lien social et des solidarités avec l’importance des services à la personne ;
  • le rôle des collectivités locales : leur capacité à faire face et à garantir le service public  et donc une nécessaire différenciation dans les prises de décision ;
  • l’interdépendance des territoires et son corollaire la résilience ;

Les conséquences aussi commencent à être largement partagées :

  • des difficultés sociales exponentielles ;
  • des associations en grande difficulté ;
  • un monde de la culture sinistré ;
  • des domaines économiques fortement éprouvés même si cela n’est pas directement de notre ressort.
  • Une parole politique affaiblie. A cet égard, on mesure au quotidien, le discrédit de la parole publique qu’a induit les propos du Gouvernement en début de crise sur le port du masque ou plus récemment sur les commerces de proximité.

Bien qu’il soit difficile de s’engager avec cet horizon peu dégagé, et que des réajustements seront nécessaires, au regard des besoins évoqués précédemment, nous proposons d’orienter l’action du Département autour de 2 principaux enjeux :

  • Accompagner en proximité les personnes en fragilité sociale avec un focus particulier sur la jeunesse,
  • Faire du Morbihan un territoire résilient en investissant et en soutenant les secteurs sinistrés et fragilisés pour les aider également à anticiper de futures crises.

Tout cela, en préservant notre capacité à agir pour les prochaines années.

1/ Accompagner les personnes en fragilité sociale

Je le redis, les compétences de solidarité du Département sont d’autant plus essentielles que la crise sanitaire actuelle touche toutes les personnes sans distinction. Pour autant, ce sont hélas, les familles modestes notamment monoparentales, les personnes âgées isolées, les personnes fragilisées par un handicap qui basculent ou risquent de basculer dans la précarité. Je tiens ici à remercier les agents de notre collectivité qui ont assuré le suivi et la qualité de nos services.

Ainsi, en ce qui concerne les personnes âgées, il est nécessaire de poursuivre l’adaptation de nos dispositifs au vieillissement de la population particulièrement au maintien à domicile. Nous proposons d’encourager fortement les familles d’accueil pour personnes âgées : une promotion de ce métier est nécessaire avec une politique de recrutement dynamique et des solutions de répit et de remplacement intégré.

Par ailleurs, nous pourrions également promouvoir le viager solidaire. C’est une solution qui permet de maintenir les personnes à domicile en leur proposant une rente et un accompagnement adapté à leurs besoins.

soutenir les initiatives prises durant le confinement afin de lutter contre l’isolement et de répondre à des besoins non satisfaits ordinairement (veille sociale ou des systèmes de conciergerie doivent être impulsées).

Nous avons des dispositifs qui permettent de venir accompagner de nombreux Morbihannais, mais nous souhaitons muscler nos dispositifs notamment envers les jeunes.

Très concrètement, mettons en place un « pack pour la jeunesse morbihannaise », avec des actions simples pour :

  • Soutenir les universités dans leurs actions sociales auprès des étudiants les plus précaires (notamment pour des aides alimentaires : beaucoup d’étudiants ont perdu leur job d’appoint).
  • Créer une bourse à impact social et environnemental pour soutenir l’entreprenariat chez les moins de 30 ans, en partenariat avec des acteurs morbihannais.
  • Renforcer l’accompagnement en matière de prévention santé, hygiène de vie, y compris pour les mineurs non accompagnés. Mieux vaut prévenir plutôt que guérir.
  • Créer un Pass Sport pour les 10-16 ans
  • Ouvrir, quand le besoin existe, le recrutement d’apprentis, notamment dans le domaine social et octroyer une aide en ce sens aux structures partenaires du Département.

Concernant la politique de l’emploi, il est vrai que l’accès au marché du travail sera plus complexe dans les prochains mois. Nos dispositifs d’insertion, et nos partenaires, seront mis à rude épreuve.

A ce jour, les moyens consacrés à l’insertion représentent seulement 10% de cette politique. Il y a eu un recul significatif, car en 2011 ils étaient de 14% (en comparaison, l’Ille-et-Vilaine est aujourd’hui à 15%.). Ces moyens consacrés à l’insertion sociale et professionnelle seront essentiels dans la période qui s’ouvre : il faut amortir le choc.

Mais encore une fois nous pouvons mettre en place des actions concrètes :

  • En ayant une vigilance tout particulière pour les dispositifs intégrés dans l’appel à projets et notamment ceux assurant de l’insertion sociale
  • En ouvrant des places en chantier d’insertion dont un certain nombre seront dédiées aux jeunes non diplômés.
  • En soutenant plus fortement les projets territoires zéro chômeur
  • En développant l’acculturation numérique des territoires. Le numérique a pris une place prépondérante dans nos vies, dans nos modes de travail et de communication. Cette crise a souligné, s’il en était besoin, l’intérêt de savoir maîtriser cet outil : il nous faut donc une politique ambitieuse afin que ses usages soient partagés par le plus grand nombre et renforcer le plan « inclusion numérique » : tarifs solidaires pour accéder à internet, programme autour des aidants connectés (public âgé ou empêché), favoriser les médiateurs numériques….

Afin de soutenir le milieu associatif qu’il soit culturel ou sportif, des programmes rapprochant ces domaines avec les solidarités doivent pouvoir émerger sur le territoire. Il nous parait aussi essentiel de soutenir ces milieux qui sont ou seront en grande difficulté économique.

2/ Faire du Morbihan un territoire résilient

Le monde économique est également durablement touché. Il nous faut additionner nos forces à celles des autres collectivités, comme dans le cadre du fonds COVID Résistance avec la Région.

La crise sanitaire nous a montré à quel point un territoire devait être capable de s’adapter au maximum à son environnement proche afin d’absorber les défis climatiques et leurs conséquences.

Nous avons la volonté de participer à la transition écologique à travers différents mécanismes d’investissement principalement. Nous n’avons certes plus la compétence économie mais nous pouvons agir très concrètement sur l’emploi local :

Pour ce faire, Il faut augmenter l’intensité de nos investissements (je pense évidemment aux collèges et si vous voulez des exemples vous voyez avec mon collègue GR) mais pas sans conditions : Calibrer nos cahiers des charges lors des appels d’offres afin d’élever nos exigences environnementales .

  • Soutenons l’Economie Sociale et Solidaire par la création d’un fond spécifique afin de développer des emplois non délocalisables et répondant aux besoins du territoire avec des solutions « sur mesure ».
  • En matière environnementale, nous pourrions évoquer la politique de l’eau ou les déplacements doux, mais je donnerai un seul exemple sur lequel nous nous opposons depuis le début de ce mandat : l’agriculture. 40% des carbone provient de l’agriculture. C’est donc un impératif de participer à C’est la Région qui pilote mais, encore une fois, nous pouvons infléchir avec nos propres outils et participer à ce processus de « bien manger » à travers la restauration collective entre autres et promouvoir une agriculture maximale durable.

Rapprocher les producteurs locaux, transformateurs, distributeurs et consommateurs, garantir une sécurité alimentaire, respecter notre environnement, nous pouvons avoir un impact. Cette démarche pourra se faire également par le biais de nos politiques sociales. L’accès à l’alimentation est un outil majeur de la lutte contre la précarité. Des démarches d’autonomie alimentaire peuvent être soutenues avec nos partenaires, par exemple : les paniers solidaires, des groupements d’achat.

Pour aider notre territoire à résister aux épreuves qui nous attendent et renforcer ses moyens d’agir, allons frapper à la porte de l’Etat dans le cadre du plan de relance national .

Il est certain que nous vivrons des semaines et des mois difficiles, mais nous devrons faire face.

Faire face à une crise sanitaire qui bouleverse nos quotidiens, accroît la précarité sociale et économique. Faire face à la défiance démocratique. Enfin, faire face à la multiplication des actes terroristes qui nous rappellent, douloureusement, la nécessité de défendre et de donner une réalité quotidienne à nos valeurs, notamment la laïcité et la fraternité.

Pour autant nous ne sommes pas résignés, et c’est dans cet esprit que nous avons proposé à l’instant, des mesures pour amortir les chocs à venir, anticiper et projeter le Morbihan vers un territoire solidaire et responsable.

Je vous remercie.

Gaëlle Le Stradic

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