Discours de politique générale

Monsieur le président, chers collègues,

Vous présidez notre collectivité depuis 2011. Notre groupe a exprimé à chaque fois que nécessaire ses désaccords avec votre majorité, en faisant des propositions. A l’inverse, lorsqu’elles nous paraissaient aller dans le bon sens, nous avons voté favorablement les décisions de votre groupe. Nous avons eu souvent des positions politiquement très divergentes, néanmoins, à l’occasion de notre dernière session du mandat (en principe), nous souhaitions rappeler que notre groupe a toujours eu un profond respect du fonctionnement démocratique de nos institutions républicaines et par conséquent un respect permanent à l’égard des collègues de la majorité ainsi que de celui de votre fonction de président de notre collectivité.

Puisque vous avez annoncé publiquement, il y a quelques mois, que vous souhaitiez arrêter d’exercer cette fonction, je profite de ce début de dernière session, au nom de l’ensemble de notre Groupe Morbihan Innovant et Solidaire, pour vous souhaiter le meilleur dans vos futurs projets après ce mandat de 10 ans à la tête de notre collectivité départementale.

Venons-en maintenant à l’actualité et à nos débats.

La pandémie a fait basculer dans la pauvreté de nombreuses personnes qui étaient déjà en situation de précarité, mais elle a aussi créé de nouveaux pauvres parmi les jeunes, les femmes et les indépendants. Un tiers des étudiants a rencontré des difficultés financières depuis le début de la crise. Plus de 2 étudiants sur 5 n’ont pas pu s’alimenter normalement ou ont dû se restreindre sur les achats de première nécessité au cours des derniers mois. Localement, on observe notamment une explosion du nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire ou encore la hausse des loyers impayés.

Fin 2020, il y a quelques mois, il a fallu prendre des décisions malgré le contexte budgétaire qui comportait de nombreuses incertitudes et inconnues. Nous avions fait des propositions et nous avions regretté votre prudence excessive face à l’urgence sociale. Nous l’avions exprimé à plusieurs reprises, et nous continuerons à le faire car les jours les plus difficiles sont devant nous. Il nous faut mieux anticiper la crise sociale engendrée par le contexte sanitaire que nous vivons depuis plus d’un an d’autant plus qu’il pourrait encore se dégrader, même en Bretagne.

Aujourd’hui, le compte administratif 2020 l’atteste, nous avions raison sur la dynamique financière et fiscale, face à une prudence qui était effectivement excessive et injustifiée.

Nous disions qu’il y avait des marges de manœuvre. Les recettes fiscales de l’année 2020 ont été en hausse, et le chiffre record des droits de mutations en hausse pour la 6e année consécutive l’illustre bien.

Nous vous demandions aussi de saisir les opportunités proposées par l’État dans le cadre du plan de relance. Aujourd’hui, nous nous satisfaisons de voir que nous analyserons un rapport concernant une contractualisation avec l’État allant dans ce sens.

En comparaison à d’autres collectivités, le compte administratif démontre que nos finances ont été largement épargnées en 2020, malgré la COVID-19. Le Département a du ajuster ses crédits par rapport à la hausse des allocataires du RSA, ce qui est normal car rappelons qu’il s’agit bien d’une obligation légale.

Par contre, ce que nous regrettons, c’est le manque d’actions volontaristes. Il y a eu quelques adaptations, mais cela est resté marginal et nettement insuffisant face à l’ampleur des difficultés qui sont présentes déjà sur le terrain et qui iront en s’amplifiant. La crise sociale, vous l’avez sous-estimée, alors qu’il y avait de nombreuses alertes dans nos territoires. Rappelons que le taux de personnes sous le seuil de pauvreté avant l’arrivée de la COVID-19 était supérieur à 15% dans des villes comme Pontivy et Vannes, voire plus de 20% à Lorient. Ils n’ont pu que s’accroître.

Nous ne comprenons donc pas pourquoi le Morbihan n’a pas les ambitions de ses moyens face à l’urgence sociale.

Notre priorité à tous, aujourd’hui, devrait être d’agir et de lutter contre ces crises qui laisseront de nombreux Morbihannais sur le bord du chemin. Notre collectivité n’est-elle pas chef de file en matière de solidarité ? Contrairement à ce que certains Morbihannais pourraient penser, nos marges de manœuvre n’ont pas diminué. Tout au contraire elles se maintiennent, alors pourquoi si peu d’engagements face à cette situation qui se dégrade de jour en jour ?

Nous le regrettons, mais le Morbihan n’a pas été à la hauteur des enjeux en 2020, et le budget 2021 est très décalé par rapport à la gravité de la crise, nous rappelons que c’est pour cela que nous nous sommes abstenus. Vous pourrez toujours vous réjouir de désendetter le Département et de vanter de manière lancinante une apparente bonne gestion, alors qu’au même moment des milliers de Morbihannais s’enfoncent, eux, dans la spirale de l’endettement et la précarité.

Il ne s’agit pas de dépenser pour dépenser, mais d’agir de manière utile et pertinente selon nos ressources. Nous savons tous qu’en matière de solidarité, il vaut mieux intervenir tôt, plutôt que d’attendre que les difficultés se multiplient et qu’au final le coût soit bien plus cher pour les finances départementales. Nous sommes inquiets, car le choix de l’attentisme dans la situation actuelle est une erreur dans la gestion du social.

Aujourd’hui encore, il n’est pas trop tard. Nous proposons de capitaliser sur les bonnes pratiques apparues durant la crise et nous demandons au Département de s’en inspirer sans délai. Que l’on se comprenne bien, les propositions que faisons depuis les orientations budgétaires, qui sont basées sur l’accompagnement au plus proche des personnes et surtout des jeunes en précarité et le soutien aux secteurs sinistrés et fragilisés, s’inscrivent dans le cadre de l’utilité et de l’efficacité de la dépense publique.

Si nous sommes insistants depuis plusieurs sessions sur la condition des jeunes, c’est au regard de la succession d‘études et de rapports qui nous alertent sur une dégradation sans précédent de leur situation. Dans le contexte exceptionnel que nous vivons, nombre d’entre eux issus de familles modestes basculent aujourd’hui d’une situation de précarité à celle de grande pauvreté. Il serait irresponsable de vouloir se tenir à une posture idéologique, basée sur l’idée que le jeune doit d’abord travailler avant d’être aidé. En tant que collectivité responsable des solidarités, il nous faut absolument être vigilants et actifs sur cette question.

Nous ne le redirons jamais assez : les jeunes sont l’avenir de notre pays.

Aussi, aujourd’hui nous rappellerons une liste non-exhaustive de différentes pistes que nous proposées lors des sessions précédentes et qui pourraient être rapidement mises en œuvre :

  • le soutien aux universités dans leurs actions sociales pour les étudiants
  • une bourse pour encourager l’entreprenariat chez les moins de 30 ans
  • le recrutement d’apprentis dans les structures partenaires du Département.
  • un renforcement des moyens aux professionnels de prévention spécialisée en lien avec les jeunes des quartiers
  • un soutien à l’insertion dont la part des moyens engagés a baissé en quelques années de 14% à seulement 10% aujourd’hui.
  • avec l’ouverture de places en chantiers d’insertion par exemple
  • un appui volontariste également auprès des projets « Territoires zéro chômeur »
  • et enfin la piste d’une accession au logement facilitée pour les ménages aux revenus modestes avec la création d’un organisme de foncier solidaire

Si d’autres Départements de droite comme de gauche mettent en place nombre de ces mesures avec une situation financière parfois moins bonne que la nôtre, alors pourquoi pas nous ?

Derrière tous ces chiffres, ce sont des situations insupportables, des familles, des enfants, des jeunes, des personnes dépendantes, âgées ou handicapées, des personnes isolées, qui sont les victimes des répercussions de la crise sanitaire.

Par ailleurs dans le champ de l’aide aux personnes âgées, nous avons régulièrement proposé également d’améliorer fortement certains volets de la politique gérontologique du Département.

Nous étions tous dans l’attente de la loi « Grand âge » qui, après avoir connu plusieurs reports, pourrait finalement ne pas voir le jour. Il n’empêche, depuis la loi ELAN (Evolution du Logement, de l’Aménagement et du Numérique), la réflexion sur cette question également essentielle s’est poursuivie grâce notamment au volet « Projet de vie sociale et partagée » avec un fonds financier conséquent qui pourrait très prochainement, par le biais de la CNSA, financer les diverses formules de résidences groupées et collectives pour personnes âgées.

Il nous paraît important de suivre de très près ces dispositfs, ce que les services du Département font certainement. Mais il faudrait de toute évidence se saisir de cette opportunité afin d’inclure dans le champ des interventions envisagées, dès lors que la réglementation le permet, l’ensemble des résidences collectives pour personnes âgées. Notamment celles qui sont, pour nombre d’entre elles, aujourd’hui en difficulté, nous pensons bien entendu aux DPPA et aux MAPA. Face à cet enjeu important pour le Département qu’est cette thématique du « Grand âge », et de la tendance forte au maintien à domicile ou aux nouvelles formes de résidence collective, une grande mise à plat des dispositifs d’aide sera nécessaire, telle l’ASH (Aide sociale à l’hébergement) qui vient en complément aux petites retraites pour intégrer les structures lorsqu’il n’y a plus d’autre choix.

Pour conclure, au-delà du contexte de l’épidémie qui occupe aujourd’hui la quasi-totalité de l’espace médiatique, je souhaitais évoquer avec notre assemblée 2 sujets d’actualité qui ont récemment réussi malgré tout à s’imposer : la Fonderie de Bretagne et la langue bretonne.

Fonderie de Bretagne

Comme vous le savez tous la Fonderie de Bretagne, filiale du Groupe Renault basée à Caudan depuis 1965, est un acteur majeur de l’économie morbihannaise, avec 350 salariés qualifiés.

Il y a quelques jours, le groupe a exprimé sa volonté de vendre l’usine avec un risque majeur de délocalisation au détriment de l'emploi local avec de graves conséquences humaines et sociales.

Nous proposerons à la fin de cette session, si vous en êtes d’accord, un voeu de soutien de notre collectivité aux salariés, adressé au Gouvernement, afin d’étudier toutes les options permettant la préservation locale des emplois de cet outil industriel majeur du Morbihan.

Langue bretonne

En ce qui concerne la langue bretonne, il y a actuellement une forte mobilisation en Bretagne pour promouvoir une meilleure transmission du patrimoine linguistique à nos enfants. Récemment ce sont 2000 personnes à Brest, puis 5000 à Quimper qui se sont rassemblées à l’appel des 3 réseaux d’enseignement : Diwan, Div Yezh (pour le public), Divaskell (pour le privé) et les associations culturelles de Bretagne. De nombreuses personnalités et groupes de toutes tendances politiques sont venus apporter leur soutien derrière la banderole « Unanet evit ar brezhoneg » (Unis pour la langue bretonne).

Une forte mobilisation due au refus du gouvernement et de l’Etat à accompagner le développement du bilinguisme en Bretagne. Aujourd’hui il s’agit du blocage du renouvellement de la convention État-Région, arrivée à échéance depuis fin 2020 et qui conditionne ce développement. Les conséquences en termes de création de postes sont désastreuses, la carte scolaire n’en accordant que la moitié au regard des besoins et de la demande parentale.

A la tribune du rassemblement de Quimper, la présidente du Conseil départemental du Finistère est intervenue faisant référence à la politique linguistique de son département.

Quel fossé avec celle du Morbihan, c’est tout simplement abyssal !

Vous m’aviez répondu lors d’une de mes récentes interventions que le Département accompagnait le lycée Diwan de Vannes. Certes, mais le Département du Finistère accompagne également de nombreux établissements secondaires Diwan, collèges et lycée, mais surtout il a élaboré en début de mandat le « Schéma départemental en faveur de la langue bretonne 2016-2021», ce qui lui a permis d’organiser et de structurer ses interventions dans ce domaine. Et ne pas simplement saupoudrer des aides pour se donner bonne conscience. Une vraie dynamique volontariste pour le développement a été engagée de manière rationnelle grâce à ce schéma dans de très nombreux domaines : initiation, enseignement, formation, audiovisuel, etc.

Bien entendu tous ces différents sujets seront évoqués par mes collègues de notre groupe, au cours de la session, afin d’y apporter davantage de précisions. Je vous remercie.

Christian DERRIEN

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